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"Bref" : succès d’un format, échec d’une industrie

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Après 82 épisodes en 1 an, "Bref" c’est fini.

L’annonce a été faite par Kyan Khojandi, Bruno Muscio et Harry Tordjman, les auteurs/ producteurs du phénomène télévisuel et Internet de cette année.

Depuis les début, ces  trois-là ont su se montrer aussi habiles dans l’écriture de leurs sketchs que dans leur communication ultra maitrisée. Arriver avec un concept original et en contrôler tous les aspects (ou presque) de A à Z, relève du tour de force pour des (quasi) novices du secteur.

Si leur décision d’arrêter est tout à leur honneur (on a du mal à imaginer que Canal aurait craché sur une nouvelle saison), elle souligne les limites d’un système.

Dans l’absolu, "Bref" était la série rêvée de n’importe quel auteur : pas de contraintes de la part du diffuseur, un public toujours plus nombreux, la possibilité de jouer sur tous les modes narratifs possibles… "Bref" ou la liberté totale.

A y regarder de plus près, on se dit même que les 3 garçons étaient presque dans la situation d’un Jerry Seinfeld ou d’un David Chase (créateur et showrunner des "Sopranos"). A l’instar de leurs glorieux aînés américains, ils ont décidé d’eux-mêmes d’arrêter alors que tout les poussait à continuer. Dans leur communiqué, ils évoquent leur peur de faire "la saison de trop", citant en référence certaines de leurs séries préférées tombées dans ce travers.

Mais c’est lorsque que l’on se penche sur les logiques de volume que le bât blesse. En soit, "Bref" sera une série qui durera globalement un peu plus de 4h. Soit 8 épisodes de n’importe quelle sitcom américaine… qui en compte au moins 12 (voire 24) dès sa première saison.

"Bref" souligne une incapacité systémique de la fiction française : industrialiser son écriture. J’entends déjà certains auteurs s’horrifier devant ce "gros mot". Mais "industrialiser" ne veut pas dire supprimer l’originalité du concept, lui oter sa sincérité. Comment se fait-il que les 3 auteurs, nourris à ce qui fait de mieux en matière de culture "mainstream", n’aient pas réussi à étoffer leur équipe d’écriture? Pas envie? Peur d’être dépassés par des auteurs encore plus talentueux? Ou tout simplement parce qu’ils n’ont pas trouvé chaussure à leur pied? Je n’en sais rien et honnêtement, la réponse n’arriverait que trop tard.

Face à cet arrêt, on a un sentiment de gâchis. Nous Français sommes les premiers à taper sur notre fiction nationale, trop formatée, pas assez ambitieuse. Et on pointe souvent la frilosité des diffuseurs, souvent trop interventionnistes, comme uniques responsables de cette situation. Mais cet arrêt confirme que nos producteurs ne sont pas non plus préparés au succès.

Les 3 mecs derrière "Bref" sont malgré eux un symbole. Ils ont définitivement réussi à apporter une écriture nouvelle à laquelle semble adhérer le public. En cela, ils ont cassé pas mal d’idées reçues sur ce qui pouvait se faire ou pas en fiction. Bravo et merci à eux! Mais ils révèlent aussi les faiblesses d’un secteur qui ne sait pas comment augmenter un rythme de production sans nuire à sa qualité.

Pour l’avenir, on souhaite à Kyan, Bruno et Harry de revenir très vite au petit écran avec quelque chose d’aussi innovant, plus long et avec plus d’épisodes. Histoire de prouver qu’ils ont su être aussi radicaux dans leur écriture que dans leur manière de produire. Pour notre plus grand plaisir.

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